« Simple » ne veut pas dire vide
Un site sobre n'est pas un site appauvri. C'est un site où chaque élément présent a une raison d'être. Supprimer le superflu n'est pas un manque d'ambition : c'est une discipline de conception que la plupart des sites commerciaux ne pratiquent pas.
Le slider en page d'accueil que personne ne regarde. Le widget météo sur le site d'un plombier. Les trois polices différentes sur la même page. Ces éléments n'ont pas été ajoutés par malveillance : ils ont été ajoutés parce que « ça fait bien » ou parce que le thème les proposait. Retirer ce qui ne sert pas est un acte de conception à part entière.
Le contenu d'abord, la mise en forme ensuite
La plupart des sites web sont conçus à l'envers. On choisit un thème, on remplit les blocs avec du contenu placeholder, on ajuste les couleurs, et on se demande ensuite ce qu'on va bien pouvoir écrire dedans.
La bonne séquence est inverse. Qu'est-ce que ce site doit permettre à ses visiteurs de faire ? Trouver un numéro de téléphone, comprendre une offre de service, s'inscrire à un événement ? Ces objectifs définissent la structure. La structure définit les pages nécessaires. Les pages nécessaires définissent les composants à créer.
Un site conçu dans cet ordre n'a généralement pas besoin de vingt pages, de trois niveaux de navigation ou d'une page d'accueil animée.
La hiérarchie de l'information
Un visiteur qui arrive sur une page a une seconde pour comprendre où il est et ce qu'il peut faire. La hiérarchie visuelle est ce qui rend cette compréhension possible ou impossible.
Un titre H1 clair, un sous-titre qui précise, un texte de corps qui développe. Un appel à l'action visible sans être agressif. Une navigation qui indique où on est dans le site. Ce schéma fonctionne parce qu'il suit la façon dont les humains lisent : du général au particulier, du haut vers le bas, du plus visible au moins visible.
Rompre cette hiérarchie (mettre le même poids visuel sur six éléments différents, utiliser le gras sur chaque deuxième mot, multiplier les couleurs) force le visiteur à faire le travail de tri lui-même. Beaucoup ne le font pas. Ils partent.
Trois questions à poser avant d'ajouter quoi que ce soit
Avant d'intégrer un élément dans une page (un bloc, une section, un widget, une animation), trois questions suffisent à décider :
Quel problème de l'utilisateur cet élément résout-il ? Si la réponse est floue, l'élément ne sert probablement pas l'utilisateur : il sert le client qui l'a demandé, ou le concepteur qui trouvait ça joli.
Est-ce que cet élément existe déjà ailleurs sur la page, en mieux ? Les doublons sont fréquents : un menu principal et un menu footer qui répètent exactement les mêmes liens, une section « À propos » sur la page d'accueil et une page « À propos » distincte avec le même texte.
Qu'est-ce qui se passe si on l'enlève ? Si la réponse est « rien d'important », l'enlever.
La navigation : ne jamais laisser un visiteur se demander où il est
Une navigation efficace répond à trois questions en permanence : où suis-je, où puis-je aller, comment revenir en arrière. Sur un site de cinq à dix pages, un menu principal de cinq entrées maximum y répond sans effort.
Les menus à trois niveaux, les mega-menus avec sous-catégories et sous-sous-catégories, les navigations contextuelles qui changent selon la page : tout cela a un coût cognitif. Le visiteur doit apprendre comment naviguer sur votre site plutôt que de naviguer simplement.
Pour la majorité des sites de PME, d'artisans, de collectivités ou d'associations, cinq liens suffisent. Accueil, services ou activités, à propos, actualités si pertinent, contact. C'est tout.
Ce que la typographie fait que le contenu ne peut pas faire seul
La typographie n'est pas décorative. Elle est fonctionnelle. Une taille de corps de texte trop petite fatigue les yeux après deux paragraphes. Un interlignage trop serré rend la lecture inconfortable sur mobile. Un contraste insuffisant entre le texte et le fond exclut les personnes malvoyantes.
16 pixels minimum pour le corps de texte. 1,5 à 1,6 d'interlignage. Un ratio de contraste d'au moins 4,5:1 entre le texte et le fond (7:1 pour atteindre le niveau AAA du WCAG). Une seule famille typographique pour le corps, une pour les titres si nécessaire.
Ces règles ne sont pas arbitraires. Elles viennent de décennies de recherche en lisibilité et d'observation de comportements de lecture réels.
Ce qu'on retient
Un site simple n'est pas le résultat d'un budget réduit ou d'un manque d'ambition. C'est le résultat d'une méthode : définir les objectifs, construire la structure autour d'eux, ne garder que ce qui sert ces objectifs. Tout le reste est du bruit.